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Studio Mathusalem

Studio Mathusalem

Blog du Studio Mathusalem, tout sur la musique du compositeur Philippe, mais aussi des interview d'autres artistes electro !!

Publié le par Philippe
Publié dans : #artistes

- Depuis combien de temps composes-tu ?

J'ai composé en dilettante depuis mon adolescence, mais cela a commencé sérieusement vers 1995. Avec un ordinateur, une carte son pas trop chère de l’époque (Soundblaster AWE-32), un logiciel offert avec celle-ci (Cakewalk) et un vieux Casio MT-520 (depuis j’en ai deux…). Les projets et les collaborations se sont succédés au début des années 2000. Il a fallu attendre la décennie 2010 pour que je sois plus aisé financièrement et que mon studio prenne de l’ampleur.

- Comment t’es venu le goût à la composition ? Etude ? Solfège ? Conservatoire ?

Mes parents avaient racheté une vieille ferme. Je dormais sous les toits d’une grange plus ou moins rénovée et la nuit il y avait pas mal de bruit : mon père qui travaillait parfois tard avec des machines industrielles, le vent et les animaux nocturnes… ça me fascinait plus que cela m’empêchait de dormir.

Pour autant, mes seules découvertes musicales je les trouvais dans une sorte de discobus qui louait des compact-discs dans mon village. Spotify n’existait pas encore ! J’essayais de me trouver une bulle sonore, mais je n’avais pas beaucoup de culture musicale. Cependant, pour je ne sais quelle raison, mes goûts étaient davantage portés vers les musiques électroniques.

J’ai suivi des cours de composition, d’harmonie et de contrepoint avec Adrien Cools à l’académie de musique de La Hulpe, en Belgique, et à l’académie de musique d’Etterbeek, à Bruxelles, avec Thierry Levaux. J’ai également fait un peu d’orgue et de piano dans ces institutions. J’ai dû aussi louer ou acheter une quantité de bouquins théoriques. Ils prennent encore beaucoup de place dans ma bibliothèque…

- Quels sont tes Pères ? Influences ?

Il y eu l’album de The Cure « Disintegration », mon premier CD, « Ainsi soit-je » de Mylène Farmer et son concert de 89 que j’écoutais en vinyle chez mon voisin restaurateur entre deux services. Les premiers albums d’Enya passaient en boucle dans ce même restaurant où j’avais un job d’étudiant. Cependant, je crois que l’album déclencheur a été « Equinoxe » de Jean-Michel Jarre que mes parents ont achetés en cassette quelques années après ma naissance. Je reste fidèle à ce compositeur depuis toutes ces années. Ensuite, mes découvertes musicales m’ont mené vers les Pink Floyd, Pet Shop Boys, Depeche Mode, Enigma, Kate Bush, ou Royksopp plus récemment… Si je reste encore très curieux des courants de musique anglo-saxons, Je suis passé complètement à côté de la culture française qui ne m’a jamais accrochée. J’adore la notion pop de nos voisins nordiques : des mélodies efficaces mais toujours combiné à une originalité d’arrangement.

- Pour composer, quels sont tes instruments, synthé ou autre ? Quel est ton synthé préféré ? Pourquoi ?

En 1999, deux synthétiseurs sont arrivés dans ma chambre d’étudiant, les Roland XP-30 et le SC-880. Très vite un autre les a rejoints : le SH-201 qui m’a ouvert aux voies de la synthèse soustractive. Je suis resté très longtemps avec ces trois machines. Depuis quelques années, j’ai découvert le marché de l’occasion avec internet. Mon studio a pris soudainement de l’embonpoint (comme moi). Je dois avoir un peu plus d’une centaine d’instrument. Pas que des synthés d’ailleurs : j’ai deux guitares (dont je ne sais pas jouer), et aussi quelques instruments ethniques que j’aime glisser dans mes compositions. Mes premiers albums, essentiellement pour des chanteurs, ont été travaillé avec les Roland XP-30 et SC-880 car je n’avais que ceux-là. Tandis que mon album « Jamais » a été composé majoritairement avec un Behringer DeepMind12 pour les nappes (en parallèle avec un Korg Volca), un Korg MS-20 pour les basses et un MatrixBrute d’Arturia pour les séquences. En fait, les instruments changent en fonction des projets et de la nouveauté. Parfois, c’est un défi de ne travailler qu’avec tels instruments. Parfois, c’est l’instrument qui s’impose de lui-même. Actuellement, l’architecture de mes morceaux se travaille sur PC avec un Roland FA-06 car c’est celui où j’ai le plus de presets accessibles directement, et sans devoir alourdir mes sessions de plugings. Je l’accompagne avec un Moog Sub37 car il est très évident et il est facile d’obtenir le son souhaité avec son panneau de commande bien conçu. Je travaille également avec les VSTi Omnipshere, Arturia et Kontakt : c’est d’autant plus pratique que mon clavier de commande est le Native Instrument S88 MKI. Enfin, j’adore le Roland D-50 : j’en ai plusieurs car j’adore son grain tout autant précis que chaleureux. Pour l’instant, tout passe via une Behringer X32 Compact vers un PC avec Windows 10 sur lequel est installé Sonar par Bandlab. Je mixe ensuite essentiellement avec les plugins VST de Waves. Je termine la masterisation sur iZotope Ozone et les produits Adobe. Mais quand cela concerne une sortie officielle, je passe par un vrai ingénieur en mastering. Pour l’instant, je fais confiance à EQuuS audio mastering et Pieter De Wagter qui sont compétent et respectueux.

- Comment composes-tu ? Inspiration ?

Je crois que j’ai deux manières de composer. Parfois, c’est une improvisation ou le test d’un preset qui donne naissance à tout un morceau. Parfois, j’ai une idée précise de ce que je souhaite partager. J’aime le cinéma et, pour moi, la musique est d’autant plus efficace quand elle raconte une histoire. Je peux réfléchir très longtemps à une pièce avant de commencer à l’écrire. Je veux savoir ce que je vais raconter avant d’enclencher la première note. Mais, au final, la méthode restera la même : avec quelques éléments je vais créer une « atmosphère » sur laquelle je vais déposer des mélodies. Une fois que tout est bien cadré en MIDI, je reprends tout et j’enregistre piste par pistes, à la main, avec d’autres machines plus typées que je passe dans des pédales de guitares pour obtenir un son plus organique.

Je crois que la musique que je compose est essentiellement pour me faire du bien. Je vais travailler jusqu’aux détails mes ambiances par pur plaisir du travail bien fait. Mais si je souhaite les partager, il faut que l’auditeur puisse s’accrocher à quelque chose. Du coup, je vais polir mes mélodies pour qu’elles soient les plus « catchy ». Je peux les tordre pendant des jours pour qu’elles soient les plus élégantes, facilement mémorisables et surprenantes. C’est important ce dernier détail. Ça évite de s’endormir quand on écoute un morceau ! Le désavantage quand je travaille avec des chanteurs c’est qu’ils me disent que je tricote et qu’il faut un souffle de montgolfière pour interpréter mes mélodies… Bref, j’ai encore du travail.

- Combien d’albums à ton actif ?

Soyons honnête : je suis un amateur. Du coup « album » est bien grand mot…  D’autant plus qu’une grande partie de mes compositions tient en l’écriture de chansons.  Certes, je pourrais prétendre sortir une sorte d’accumulation des derniers morceaux régulièrement, mais j’ai une règle à laquelle je ne déroge pas. En effet, il faut que quand je diffuse quelque chose cela forme une œuvre globale (indépendamment de son titre).

Ceci dit, je pense que l’idée d’album est complètement dépassée. Les auditeurs écoutent un morceau d’un artiste puis celui d’un autre qui est complètement différent. C’est désormais rare qu’un album soit écouté d’un coup. Pour se faire, il est important que ce concept soit envisagé comme un tout global. Ces derniers temps mes grands efforts sont de lier les pièces entre elles pour former un long morceau qui s’écoute de tout son long. Il me faut éviter à tout prix la pause entre chaque piste. Ainsi, l’auditeur est transporté au passage suivant sans qu’il perçoive de transitions. Il est également savoureux pour moi qu’on puisse se rende compte qu’un morceau, par exemple le n°6, contienne des références au morceau n°2 et que le n°4 soit un prélude au n°9, etc.

Avant d’adopter ce parti pris, j’ai réalisé – à de très petits tirages – quelques albums. Pour les deux premiers, l’un s’appelle « Cyclades » (j’en reparlerai) tandis que l’autre s’appelle « Ghost ». Des albums vraiment réalisés avec les moyens du bord que j’espère retravailler un jour pour pouvoir les diffuser à nouveau. Ensuite, il y a eu un album orchestral pour un jeux de rôle grandeur nature « Le Monde des 4 Lunes » en 1999 ; un projet avorté avec un chanteur indou qui trouvait mes instrumentaux trop riche « Six Projects for Lottin » en 2000 ; une sélection de morceau dansant sous le nom de « The Colour Ballerina » en 2001 ; suivit par une collection de titres qui me rappellent des êtres chers : « Réminiscences ». Mon premier album conceptuel, je l’ai imaginé comme une promenade dans une citée sous-marine : « Admenonym » en 2002 (j’ai décidé de le ressortir suite à cette interview et il devrait être disponible sur le web d’ici deux mois). Ensuite, il y a un album qui reprend un ensemble de titres où je mélange quelques samples à des bouts de voix : « Equigolana » en 2003.

Des instrumentaux, il me faut différencier les albums travaillés avec des chanteurs. Ils contiennent une succession de morceaux composés au long court mais dont la temporalité de l’enregistrement va définir leur sonorité. Pour ce qui est disponible sur le net, « 70x7x » en 2000 (avec Matthias Walton aux textes et Angèle Preud’homme aux voix) aura été plus électronique, quand « À pas lents » en 2009, avec les mêmes compagnons, fut plus rock.  Bien sûr, ce sont de belles paroles, les 3 albums que j’ai travaillés avec le chanteur et auteur, Arnaud Charreyre, de 2005 à 2008 sont tous sortis dans l’urgence. Je n’ai pas pris le temps d’affiner l’ambiance globale. Pour être franc, je ne réfléchissais pas jusque-là à l’époque. Cependant, il a eu son petit succès en Belgique francophone. Il y a même eu de nombreux concerts. Il a été jusqu’à La Boule Noire à Paris ! Nous commençons à nous revoir et un quatrième opus commence à voir le bout de son nez. J’ai bien l’intention d’y apporter toutes mes réflexions autour de ce que je pense être l’acte d’écoute d’un album. Ce serait bien que nos anciens travaux soient de nouveaux disponibles. Il faudrait y réfléchir.

Pour les instrumentaux accessibles au grand public et intéressant en l’état, il y a l’album « Jamais » mis en boîte en quatre mois pour illustrer la magnifique bande dessinée de Bruno Duhamel parue chez Grand Angle. Il y a « Mahjouba», la musique d’un film belgo-marocain d’Eric Van Hove et Meriem Abid, composés en quelques jours bien que sur deux périodes (avant le tournage et après). Dernièrement, j’ai participé à la bande son d’un court métrage fantastique, Mia de H Arthur H, qui devrait être diffusé cette année en première au BIFFF à Bruxelles.

- Projets d’albums ?

Je termine l’enregistrement d’un vieil album qui trainait au fond de mes tiroirs. Une série de pièces que j’avais mis ensemble sous le nom de « Cyclades » pour me faire connaître fin des années 90 et très influencées par ce que j’écoutai à cette période. J’ai toujours eu envie de les remettre au goût du jour. Mais quand j’ai voulu les réenregistrer, elles perdaient leurs âmes. En plus, elles correspondent moins à mon idée actuelle d’un album. J’ai donc décidé de tout reprendre à zéro. Je retravaille les ambiances, la structure, les instruments et je lui ai même donné un autre nom : « Ulysse » ! Ça fait un an que je suis dessus… J’ai également une idée pour un autre album concept « Circles » qui mélange des petites machines à la fausse immobilité de la nature. Cela germe doucement, j’ai déjà des bouts de partitions mais ce n’est pas pour tout de suite.

- Concerts ?

Oui. C’est ce qui m’empêche de continuer à travailler sur mon projet « Ulysse ». Il est prévu une série de « concerts dessinés » en collaboration avec un auteur de bande dessinée en fin d’année 2020. Je suis en pleine conception de la musique. À part ceux des autres, je n’apprécie pas trop les concerts car c’est une expérience difficile. J’aime que mes morceaux soient riches d’arrangements et d’instruments mais, en live et surtout pour moi qui joue du clavier à deux doigts, les solutions sont compliquées à trouver. Je pourrais faire acte de présence et lancer des séquences mais ce ne serait pas honnête pour le public. Je cherche encore. Je sais juste qu’il y aura un gong sur scène.

- Quels sont tes rêves pour tes musiques ?

Il faut reconnaître qu’avoir des auditeurs c’est agréable. C’est glorifiant. Mais, pour autant, c’est une expérience très étrange. Car c’est ouvrir en grand la porte sur son monde. Je ne peux pas me prétendre pudique mais, comme je suis néanmoins réservé, l’expérience reste toujours très ambivalente pour moi. Finalement, je distribue peu mes compositions. C’est l’avantage de travailler avec des chanteurs puisque les diffusions se font sous leur nom. L’expérience artistique qui en déroule est néanmoins fantastique. Est-ce que j’apprécierai d’en vivre ? Oui bien sûr. Je ne sais pas… Disons que j’apprécierai d’être plutôt reconnu que connu !

 

Pour ce qui est disponible sur le net :

Je diffuse la plupart de mes projets via mon Facebook : https://www.facebook.com/CedricLawde/

Mon site internet : http://www.cedriclawde.com/

« 70x7x » par Angèle Preud’homme : https://ampl.ink/gyZvZ

« À pas lents » par Angèle Preud’homme : https://ampl.ink/79nlo

« Jamais » sur une bande dessinée de Bruno Duhamel : https://www.angle.fr/jamais/

Un bancamp avec trois albums : https://cedriclawde.bandcamp.com/

Une sélection de morceau sur SoundCloud : https://soundcloud.com/cedric-dewaelelawde

Enfin, il y a une chaine Youtube avec quelques morceaux : https://www.youtube.com/channel/UCYb06O9opZ3T0kdJC3BNhEA

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